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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 06:53

FredericLenoir_s.jpgaux éditions Plon, 2010, 201 p.


Ce nouveau livre de Frédéric Lenoir commence par cette phrase : " Exister est un fait, vivre est un art ". En exergue, une citation de saint Augustin : " Le bonheur, c'est de continuer à désirer ce qu'on possède ". Dans ce livre, l'auteur nous fait part de ses lectures éclectiques qui, très tôt,lui ont fait découvrir les grandes sagesses de l'Humanité.

 

" Pendant des millénaires, la religion a rempli ce rôle d'éducation de la vie intérieure. Force est de constater qu'elle le remplit de moins en moins. Non seulement parce qu'elle a, au moins en Europe, beaucoup moins d'influence sur les consciences, mais aussi parce qu'elle s'est rigidifiée. Elle offre le plus souvent du dogme et de la norme quand les individus sont en quête de sens. Elle édicte des credo et des règles qui ne parlent plus qu'à une minorité de fidèles et elle ne parvient pas à renouveler son regard, son langage, ses méthodes, pour toucher l'âme de nos contemporains qui continuent pourtant de s'interroger sur l'énigme de leur existence et sur la manière de mener une vie bonne. Pris en tenaille entre une idéologie consumériste déshumanisante et une religion dogmatique étouffante, nous nous tournons vers la philosophie et les grands courants de sagesse de l'humanité. Car les sages du monde entier - de Confucius à Spinoza en passant par Epicure, Plotin ou Montaigne - nous ont légué des clés permettant de nourrir et de développer notre vie intérieure : accepter la vie comme elle est, se connaître et apprendre à discerner, vivre dans l' "ici et maintenant", se maîtriser, faire le silence en soi, savoir choisir et pardonner. Ces clés de sagesse universlle n'ont rien perdu de leur pertinence. Elles nous aide toujours à vivre, car si notre monde a beaucoup changé, le coeur de l'être humain est toujours le même ..." (p. 10)

 

Jeune adolescent dévorant les livres ...

 

frederic_lenoir.jpg" Dans mon cheminement personnel, mes lectures m'ont confronté dès l'adolescence à ces maîtres de sagesse de l'humanité. Ce sont eux qui m'ont donné le goût du beau, du vrai, du bien, pour reprendre les grands archétypes de Platon. Mes études de philosophie m'ont ensuite permis d'approfondir mes connaissances, mais j'ai aussi enrichi mon propre parcours intérieur de deux autres sources de nature assez différentes : la spiritualité et la psychologie des profondeurs. J'ai découvert le bouddhisme à l'âge de seize ans et les enseignements du Bouddha m'ont tout de suite touché par leur justesse et leur caractère pragmatique. Je les ai approfondis lors d'un long séjour en Inde par des rencontres avec des lamas tibétains auprès desquels j'ai appris les bases de la méditation. A l'âge de dix-neuf ans, la lecture des Evangiles a été également un choc profond. Ma découverte du Christ, non seulement comme enseignant du passé, mais aussi comme personne vivante à laquelle on peut se relier par la prière, a marqué ma vie et m'a fait accéder à une compréhension du christianisme fort différente des souvenirs du catéchisme de mon enfance. La découverte, ensuite, de la psychanalyse freudienne et jungienne ainsi que de diverses méthodes thérapeutiques issues du développement personnel (sophrologie, Gestalt, Rebirth ...) m'a aidé à prendre davantage conscience de mes failles et à guérir de certaines blessures profondes qui parasitaient ma vie et me faisaient retomber dans des scénarios névrotiques récurrents." (p. 11-12).

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 10:53

Une année nouvelle, c’est d’abord la clôture de la précédente ? Non, je me suis réveillé ce matin, comme hier, appelé à continuer : je ne ressens pas de clôture. Mais toute personne rencontrée me souhaite tellement de choses pour cette nouvelle année que je me pose la question de savoir ce que j’ai vécu dans la précédente.


Ces douze derniers mois sont effectivement chargés de joies et de peines… Non, je ne peux pas qualifier ainsi les divers évènements qui m’ont touché. En effet, quand je regarde comment j’ai vécu, ce que je qualifierais de peines fut pour moi « épreuve », l’au-delà des souffrances ou des douleurs m’a apporté un supplément de vie, de dynamisme, de sens de l’existence ; et donc une avancée dans l’accomplissement de mon être.


metamorphose.jpg

 

Je n’ose pas le dire trop fort quand je vois autour de moi  ceux qui sont enfermés dans leur souffrance ou les malheurs qui les atteignent. J’ai conscience d’être privilégié… Est-ce une grâce que Dieu me fait ? Vivre quand même, ce n’est pas évident ...


Il me semble qu’il faut d’abord « nommer » ce que l’on souffre, comme si on le posait devant soi pour l’évaluer. Quand je demande à quelqu’un « comment ça va ? » et qu’il me répond « on fait aller », je ressens cette réaction comme une soumission à une fatigue, à une douleur, à une perte de capacités de vivre : on ne peut pas faire autrement… Il est important de voir les moyens que l’on a d’avancer malgré les difficultés rencontrées, on n’est pas fini. Ne pas baisser les bras,  pas facile, mais je suis convaincu que toute personne a en elle des moyens de lutter, de rebondire et que l’on peut l’aider à les utiliser. Etre réaliste c’est tenir compte en même temps des causes et des conséquences de nos épreuves et des moyens que l’on a de les dépasser.


Je considère la vie que j’ ai aujourd’hui comme un don que j’ai à cultiver avec tout ce qui vit et se développe autour de moi. Je suis là pour quoi, pour qui, avec qui pour quoi. Comme je suis et comme ils sont.


Année nouvelle ? Des projets ? Non je suis projeté dans un monde bien déterminé à moi d’entrer dans ce grand mouvement de la vie. Et ça commence dans ma chambre où télévision et internet m’interpellent . Mais ma porte est ouverte : on entre et je sors , toute rencontre a un sens. Tout à l’heure une voisine a frappé chez moi : « j’ai besoin de parler », et j’ai écouté ce qu’elle m'a déjà dit souvent… mais c’était l’an dernier. Aujourd’hui pour elle, c’est une autre réalité, c’est actuellement qu’elle souffre. 

 

Pour moi vivre, c’est être dans le présent et comme, quand je perçois le présent, il est déjà passé je suis appelé à aller de l’avant. C’est peut-être pourquoi j’ ai souvent cette invitation de Jésus à Pierre qui me poursuit : « Avance au large ».


Etre présent à la vie, plus difficile quand on atteint un certain âge, car on rencontre des difficultés de perception. Une année de plus, c’est un petit coup de vieux : on entend plus mal, on y voit moins bien…Pourtant, faire comprendre à quelqu’un que c’est par égard aussi pour les autres que l’on doit voir son ophtalmo ou se faire équiper d’ une prothèse auditive, ce n’est pas évident… La perte de ces acuités est bel et bien une cause d’absence au quotidien…


Une année de plus va nous demander plus d’attention, de disponibilité, de curiosité, de sensibilité à ce qui est nouveau pour être présent à ce que la Providence nous appelle à vivre…


C’est mon vœu pour aborder cette nouvelle année. Yves Hibou (prêtre catholique à la retraite, Paris)

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24 décembre 2010 5 24 /12 /décembre /2010 13:57

Noël et nous. Noël c’est pour nous un moment de lumière. Naissance d’un tout petit que des millions de personnes vont reconnaître comme lumière du monde .

 

Légende ou histoire, c’est l’étoile qui en son temps veillait, à longueur de nuit, au dessus de la crèche,  étoile qui servit de guide, de repère aux  mages, venus pour adorer l’ enfant. Elle veillait dans le silence au dessus de la crèche.

 

Et nous, nous qui « crèchons » dans cette résidence du Troisième âge, on nous appelle « personnes âgées, vieux, vieilles ou vieillards ». Et pourquoi on ne nous appellerait pas des « veilleurs »….  Dans la vie active, nous avons eu des jours où  en famille et au travail, nous avons porté de la lumière à ceux qui partageaient notre route. Et maintenant c’est nous qui sommes devenus  « petite lumière », mais une petite lumière c’est une veilleuse. La veilleuse c’est ce petit point rouge qui reste allumé alors qu’on a demandé à un appareil de cesser de marcher. C’est aussi la petite lumière qui est le repère rassurant de l’enfant qui a peur dans la nuit, du malade sur son lit d’hôpital.

 

hibou brunVeilleurs,  nous sommes là, en veilleuse, pour nos enfants et petits enfants. Ils peuvent nous demander une écoute, une aide, dans les moments difficiles ou d’être les témoins de leur réussite et de leur bonheur. Ils nous rejoignent dans le silence des Séquoias. Toujours là, nous veillons sur leur route.  Jusqu’au bout, nous garderons notre lampe allumée, même en veilleuse afin d’éclairer tous ceux qui viendront nous visiter.

 

Je suis vieux ? Non je veille. Je veille sur ma famille, mes amis et sur cette résidence dont je partage la vie. Je veille en attendant le jour où la petite lumière, que je suis devenue, se perdra dans celle de l’éternité. C’est mon vœu de Noël …

 

par Yves Hibou, message pour le Noël 2010 de la résidence où il vit.

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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 04:09

Quand je dis « Notre Père », qu’est-ce que je veux dire ? Yves Guillon, ancien prêtre, nous fait part ici de sa réflexion.


Je me situe dans la conscience d’ appartenir à une famille. C’est à partir de cette situation de frère de l’Humanité toute entière que je m’adresse à Dieu, son Père. En qualité de frère, je me tourne vers Dieu : ma prière est donc plurielle. Et je peux la penser avec précision avec, ou pour, ou au nom de l’ Humanité qui aime, sert, bâtit, se réjouit, pleure, souffre, détruit, pèche, naît, engendre et meurt…


Je pense que si Jésus nous a invité à prier comme cela, c’est qu’il nous incitait à prier comme il le ferait à notre place, mais selon et à la manière dont lui-même a vécu, se faisant frère de cette Humanité dans laquelle il s’était incéré. On a un symbole de cette prière des frères quand à la messe le prêtre invite les enfants à venir avec lui à l’ autel se tenir par la main pour prier le « Notre Père ».


Avant de dire la prière de frère, on aurait peut-être intérêt à se formuler intérieurement ce que contient de fraternité l’invocation que je vais exprimer : ce que j’en vis, ce que j’en partage, ce que j’en souffre, ce que j’en espère ... Essayer de voir concrètement comment, « chrétien », frère en Jésus Christ, on vit notre fraternité d’homme.


C’ est pourquoi il n’est pas bon de se lancer dans la récitation sans un retour en soi par une prise de conscience de la « charge » que peut contenir ce moment de prière de frère. Malheureusement, la plupart du temps, quand on prie en groupe, la récitation est lancée à toute allure… Cette expression de notre amour de Dieu et des frères, cet acte d’ amour ne peut pas se vivre à la va vite.

 

jesus_dit_le_notre_pere.jpg

 Quand je dis « Notre Père qui es aux cieux », qu’est-ce que je pense ? Je suis gêné, car je ne peux pas me figurer Dieu localisé., dans ma façon de penser il serait alors matérialisé, situé dans un lieu physique. Je suis mal à l’aise avec cette expression, alors je me la traduis en recourant à l’image que je me fais de l’Etre de Dieu : cette paternité éternelle et universelle dans laquelle il m’a élu avec tous mes frères humains. Je m’ identifie comme étant membre de la totalité de l’Humanité de tous les temps et de toujours, unie dans l’amour paternel de Dieu. C’est ce Dieu là que je prie : celui qui nous donne d’être en communion  avec lui comme fils et frère, pour l’éternité, dans son éternité. C’est cela pour moi « les cieux » : cette vie éternelle de Dieu.

 

Quand je dis « Que ton nom soit sanctifié » : je me tourne d’abord vers Lui. J’exprime le vœu qu’il soit reconnu de tous et célébré et fêté. Dans nos relations nous vivons comme s’il n’existait pas : nous ne pensons plus à lui, nous n’en parlons plus. Quelquefois on entend dire, devant les catastrophes naturelles, « mais que fait Dieu ? »… A ce moment là on réclame sa présence alors que quotidiennement on l’ignore. Quand je dis « que ton nom soit sanctifié », j’ exprime mon désir de le voir  « présent » à la conscience de notre Humanité.

 

Et dans la foulée de ce souhait s’enchaîne « Que ton Règne vienne » : honorant le seul et unique commandement de l’aimer et d’aimer notre prochain comme nous-mêmes. Se rappelant que ce que l’on fait au plus petit d’entre les siens, c’est à Lui qu’on le fait. C’est rendre son Amour présent au monde ; c’est pour moi sanctifier ce monde, reconnaissant ce monde comme indissociable  de Lui.  C’est alors que j’appelle dans ma prière la grâce qui viendrait faire de ce monde un monde d’ amour et de paix, saint. Et qu’ainsi sa « volonté soit faite sur la terre comme au ciel ».


Cette partie de ma prière contient mon engagement, elle ne peut rester un vœu pieux, elle sous-entend que je vive en aimant mes frères et l’univers concrètement selon la place qui j’y occupe et donc que je contribue activement à bâtir le monde selon le cœur de Dieu. « Y vivre Dieu ».

 

Dans la deuxième partie : l’ emploi du nous est toujours là. Je me fais pauvre dans la pauvreté de l’Humanité, j’en appelle à son Amour, source de vie.


« Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour » :  bâtir un nouveau jour, une nouvelle époque, un nouveau siècle, un nouvel état de vie. Quand j’ y pense, c’est un immense programme pour lequel j’implore la grâce de Dieu, ces forces dont le monde a besoin pour vivre sa destinée selon le cœur de Dieu. L’ampleur de la tâche est telle que souvent on se prend à dire : « on est trop petit, on n’y peut rien » J’ en appelle à la grâce de Dieu : « Demandez et vous recevrez ». Il faut avoir l’ humilité de tendre la main pour recevoir. Au nom de mes frères , je demande à Dieu de rendre vivantes les potentialités présentes en l’ homme : intelligence,  force, amour, créativité, espoir…nécessaires à la construction de ce jour. C’est peut être ce que l’ on appelait autrefois au catéchisme les « grâces actuelles ».

 

« Pardonne-nous nos offenses … » Je ne suis pas coupable des délinquances, guerres, terrorismes, destructions de la nature, corruptions, mais mes frères humains vivent ces comportements destructeurs de la vie. Bien sûr j’y joins mes fautes personnelles, et, là, je me sens plus proches d’eux. « Que celui qui n’ a pas péché lui jette la première pierre ». « Je reconnais devant mes frères ... » Oui je m’ insère dans cette Humanité car je crois au pardon de Dieu qui a envoyé son Fils pour que le monde soit sauvé. C’est une prière de « renaissance », d’espérance. Si Jésus est mort en croix et est ressuscité, je crois au renouveau du pardon de Dieu accordé « à tout homme venant en ce monde »   

 

« Comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ». En retour du pardon reçu, nous nous engageons là aussi à pardonner aux frères en Humanité. Là, Jésus nous invite à être acteur avec lui, comme lui dans la Charité du pardon. « Aimez vous comme je vous ai aimés ». Il m’ arrive de dire, voyant les atrocités commises  par des hommes : « j’ ai mal à mon Humanité » …. C’est cette solidarité-là que j’évoque. En même temps je me sens participant des faiblesses de l’homme et de ses pauvretés ...

 

« Et ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal  » . J’ implore de Dieu la force de nous voir rompre avec ce qui trouve alliance avec le Mal.  Que nous soyons convaincus d’être capables du Bien, de garder l’ Espérance que Dieu est avec nous dans ce combat.  C’ est ce que le prêtre ne cesse de nous répéter au cours des offices : " Le Seigneur soit avec vous ! " Mais sommes-nous assez persuadés qu’Il est avec tout homme vivant en ce monde, qu’Il n’y renonce pas malgré nos égarements .

 

© Yves Guillon, 2010

 

pour consulter la bibliographie de l'auteur (lien)

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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 19:43

poète et musicien, soufi indien, Inayat Khan (1882-1927) vint en Europe, notamment à Suresnes (en banlieue nord-ouest de Paris), puis aux Etats-Unis. Il promut un soufisme ouvert à tous et pas seulement réservé aux musulmans, véritablement universel, pouvant entre autres partir de la contemplation de la Nature. Ici, dans cette prière, il s'adresse à Jésus, le Christ de la tradition chrétienne, en qui il voit l'exemple même de tous les envoyés de Dieu : au delà du Christ, ce sont tous les prophètes qui ont porté la Parole de Dieu à l'Humanité.

 

Hazrat-Inayat-Khan--Surenes.jpgSeigneur plein de grâce, / Maître, Messie et Sauveur de l'humanité, / Nous Te saluons en toute humilité. /


Tu es la cause première et l'effet ultime, / La lumière divine et l'esprit qui guide, / Alpha et Oméga. / Ta lumière est dans toutes les formes, / Ton amour dans tous les êtres : / Dans la mère aimante, le père tendre, l'enfant innocent, / L'ami secourable, le maître  inspirateur. /

 

Permet-nous de Te reconnaître / Sous tous Tes noms saints et toutes Tes formes : / Comme Rama, Krishna, Shiva, Bouddha ; / Permet-nous de Te reconnaître / En Abraham, en Salomon, en Zoroastre, / En Moïse, en Jésus, en Mohammed, / Et sous bien d'autres noms et d'autres formes, / Connus et inconnus du monde. /

 

Nous adorons Ton passé, Ta présence illumine profondément notre être, Et nous attendons Ta bénédiction dans l'avenir. 0 Messager, Christ, Nabi, le Rasoul de Dieu ! Toi dont le cœur atteint constamment au Très Haut / Tu viens sur la terre avec un Message / Comme une colombe d'en-haut / Quand le dharma décline, / Et Tu prononces le verbe qui est mis dans Ta bouche / Comme la lumière emplit la lune croissante. / Que l'étoile de la lumière divine qui brille dans Ton cœur / Se reflète dans les cœurs de Tes dévots. /

 

Que le Message de Dieu se répande dans le monde, / Illuminant l'Humanité toute entière / En la transformant en une seule fraternité / Dans la Paternité de Dieu. / Amen

 

Cette prière sera lue lors du culte du dimanche 24 octobre 2010 à l'église unitarienne-universaliste de Tucson, en Arizona (Etats-Unis) à l'invitation de Richard Brodesky et de Margot Garcia

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12 septembre 2010 7 12 /09 /septembre /2010 17:23

calebasse_eau.jpgJe répandrai sous vos pas la calebasse d'eau afin que vous marchiez dans la fraîcheur, ainsi que je l'ai vu faire lors des cultes vodoun au Bénin (1) ;
Je me précipiterai à votre rencontre pour laver vos pieds tout fatigués des sentiers, comme me l'enseigna notre Maître Iéshoua ;
Je romprai le pain pour le partager avec vous comme le fit notre Seigneur la veille de son martyre ; et puis, tous ensemble, d'un même élan, nous lèverons, en son Nom qui nous réunit tous, la coupe qui contient le fruit de la vigne et du travail des hommes ;
Je vous donnerai à manger le poisson du lac, comme le faisaient chaque dimanche les premiers chrétiens  ;
Je déposerai délicatement le miel sur vos langues, afin que votre journée soit douce, ainsi que le font les chrétiens des Eglises prophétiques d'Afrique noire ;
Je poserai fermement ma main sur votre épaule, en signe d'encouragement dans vos actions vers autrui, comme je l'ai vu faire chez les militants ;
Je publierai vos textes afin qu'on vous lise et que vous sortiez de votre solitude et silence ; je proclamerai vos paroles comme un évangile à tous, comme le fit mon ami et aîné, Pierre Bailleux (2), au nom de la liberté de penser ;

Je bâtirai avec nos mots une Eglise sur la Toile (3), afin d'y célébrer la Vie qui circule en nous et dans l'univers, afin d'y louer Dieu l'Eternel et le Très-Haut : vous aurez l'étole du ministère pour proclamer la Parole jusqu'aux finistères de notre monde.

 

Ce que j'ai appris tout au long de ma vie, je vous le transmettrai fidèlement comme un trésor précieux à sauvegarder de génération en génération ; et votre joie sera aussi la mienne ; elle sera comme une pluie d'étoiles sur nos têtes. Alléluia.

 

Jean-Claude Barbier,

message du dimanche 12 septembre au groupe "Croissance spirituelle" (4)

 

(1) sur les cultes vodoun du Bénin et du Togo (lien)

(2) Pierre Bailleux (1942-2008), pasteur protestant libéral de conviction unitarienne, éditeur du site "Profils de libertés" (lien)

(3) l'Eglise unitarienne francophone, fondée en juin 2008 ( lien)

(4) un groupe Yahoo d'échange spirituel fondé par notre Eglise en août 2010 (lien)

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9 septembre 2010 4 09 /09 /septembre /2010 19:32

Voici une belle pensée, ou bien, une sorte de prière, que Stephen Grellet nous a laissée. Né Etienne de Grellet du Mabilliet en 1773, originaire de Limoges, Grellet a été contraint de fuir la France avec son frère lors de la Révolution (ayant été condamné à mort) et, après pas mal de péripéties, les deux sont arrivés à New York. Grellet est devenu quaker après avoir lu quelques textes de William Penn, et il est parti en missionnaire (c'était l'usage parmi les quakers à l'époque ; aujourd'hui, cela se fait beaucoup moins). Grellet s'occupait notamment de la mauvaise condition des prisons. Il a convaincu Elizabeth Fry de consacrer sa vie à l'amélioration de la condition des femmes emprisonnées dans Newgate Prison, une prison pour femmes à Londres. Lorsqu'il n'était pas en route, Grellet habitait avec sa femme à Burlington, New Jersey, où il est mort en 1855. Quoique cette pensée ne se retrouve pas parmi les écrits de Stephen Grellet, elle lui est traditionnellement attribuée (information de Barbara Quintiliano, quaker, Philadelphie, Etas-Unis, donnée au sein du groupe "Croissance spirituelle", lien) :

 

EtienneGrelletportrait.jpgEtienne-de-Grellet_meditation.jpg


« Je ne passerai par ce monde qu'une seule fois. Toute bonne chose que je peux dès lors faire ou toute gentillesse que je peux démontrer à tout être humain, je dois le faire maintenant. Je ne dois pas différer ou négliger cela, car je ne passerai plus par ce chemin. »

 

traduction en portugais par Jean Monod

«  Passarei por este mundo apenas uma vez. Todas as coisas boas que eu possa fazer ou toda a gentileza que possa demonstrar a todo o ser humano, devo fazê-lo agora. Não posso ficar indiferente ou negligenciar isto, porque não passarei mais por este caminho.”

 

Pour en savoir plus sur Etienne de Grellet, voir l'article de l'encyclopédie Wikipedia qui lui est consacré (lien )

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9 septembre 2010 4 09 /09 /septembre /2010 14:58

Voici un texte qui aurait été trouvé dans une église à Baltimore en 1692 et présenté comme étant d’un auteur inconnu ; des propos de sagesse qui ont fait le tour du monde. Traductions en français et en occitan (gascon du Béarn) de Laurent Trouvé (Pau, France)


desiderata.jpgVa tranquillement parmi le vacarme et la hâte et souviens-toi de la paix qui peut exister dans le silence.
Sans aliénation, vis, autant que possible en bons termes avec toutes les personnes. Dis doucement et clairement ta vérité. Ecoute les autres, même les simples d'esprit et les ignorants, ils ont eux aussi leur histoire.
Evite les individus bruyants et agressifs, ils sont une vexation pour l'esprit.
Si tu te compares à autrui, tu deviendras vaniteux ou amer : il y a toujours plus grands et plus petits que toi.
Jouis de tes projets aussi bien que de tes accomplissements. Intéresse-toi à ta carrière, si humble soit-elle, elle est une possession stable au coeur des fortunes changeantes de notre temps. Sois prudent dans la conduite de tes affaires, car le monde est plein de tricherie. Mais ne sois pas non plus aveugle en ce qui concerne la vertu qui existe: beaucoup de personnes se vouent à des idéaux élevés et, de partout, la vie regorge d'héroïsme.
Sois toi-même. Surtout, n'affecte pas l'amitié. Ne sois pas non plus cynique en amour car, il est, en face de tout désenchantement, aussi éternel que l'herbe. Prends avec bonté le conseil des années en renonçant avec grâce à ta jeunesse. Fortifie une puissance d'esprit pour te protéger en cas de malheur soudain. Mais ne te chagrine pas avec tes chimères. De nombreuses peurs naissent de la fatigue et de la solitude.
Au delà d'une discipline saine, sois doux avec toi-même. Tu es un enfant de l'univers, pas moins que les arbres et les étoiles. Tu as le droit d'être ici. Et, qu'il te sois clair ou non, l'univers se déploie sans doute comme il le devait.
Sois en paix avec Dieu, quelle que soit la conception que tu te fasses de lui et quels que soient tes travaux et tes rêves, garde dans le désarroi bruyant de la vie, la paix de ton âme.
Avec toutes ses perfidies et ses rêves brisés, le monde est pourtant beau. Sois en conscient. Tache d'être heureux.

L'inscripcion de Baltimora
Passeja-te en patz entermei le brut e l'òdi.
Per tant qu'ei possible e shens alienar-te; sias en bon termis dab tot lo monde. Ditz a tots la toa vertat; e escota los autes, quitament los pegòts e los ignorants, pr'amor cadun qu'a la soa istòria propria.
Evita los gens brutadèrs e agressius; que son son ua espròva tà l'esperit.
Se te comparas dab los autes, que vaderàs vanitós o amarós pr'amor qu'i aura tostemps mei petitas e mei granas personas que tu.
Profieta de las toas escadudas com deus tons projects. Sias interessat peu ton mestièr, quitament s'ei mòdesta; qu'ei ua vertadèra possecion au miei de las escadenças cambiadèras deu noste temps. Sias prudent des los tons ahars; pr'amor que lo monde qu'ei hart de chicanas. Mes ne sias pas òrb a la vertut: qu'i a hèra de monde que luta tà granas ideas; e de pertot la vita qu'ei plenha d'eroisma.
Sias tu-medish. Especiaument ne simulias pas l'amistosèr. Ne sias pas cinic en amor tanpòc; pr'amor que de cap a tota la sequèra e lo desencantament, qu'ei tant duradèr com l'erba.
Pren a tot doç lo conselh de las annadas, deisha graciosament las causas deu joèner.
Neureish ua fòrça d'esperit enta't protegir contra las maishantas mauescadudas. Ne't deshias pas vàder triste per causa de las toas quimèras. Hèra de paurs que vaden deu flaquèr e de la soletat.
A maugrat d'ua disciplina vertadèra, sias amable dab tu-medish. Qu'ès un mainat deu cosmos, pas mensh que los arbors e las estelas, qu'as lo dret d'estar ací, e que sias o non evident entà tu, n'i a pas dobte que l'univers segueish lo son camin com e cau.
E sustot, sias en patz dab Diu, quina que sia l'imatge que t'en hès, e quins que sian los tons tribalhs e sauneis; per la brutadèra confusion de la vita, mantien la toa amna en patz. Dab totas las soas perfidias e los sons sauneis esbrigalhats, lo monde que demora beth quitament.
Sias prudent. Ensaja d'estar urós.

En fait, ce texte connu en anglais comme « Desiderata poem » a été écrit aux environs de 1920 (certains avancent même la date de 1906), et en tout cas publié en 1927, par un juriste et poète nommé Max Ehrmann (1872-1945), lequel habitait les Hautes terres de l’Indiana aux Etats-Unis.  Après avoir été diffusé dans les années 1940 par un psychiatre soignant les soldats américains de la Seconde guerre mondiale, il a été repris en 1959, pour les membres de sa congrégation, par le recteur de l'église (méthodiste) Saint Paul à Baltimore, dans le Maryland, ville dont la première église (alors en bois) avait été construite en 1692. Le quiproquo provient de ce révérend, Frederick Kates, qui reproduisit ce texte sur un papier à entête de son Eglise « The Old St Paul’s Church » de Baltimore « AD 1692 » - c’est-à-dire fondée à cette date ! Ce document circula sous cette forme parmi ses amis. Puis il est devenu alors un des textes phares du mouvement pacifiste des années 1960. Sur ce, un politicien du parti des Démocrates, Aidlai Stevenson, (candidat par deux fois à la présidence de la république) décéda en 1965 en laissant un exemplaire de ce texte à son chevet, ce qui en élargit considérablement la renommée.

Nonobstant cette rectification historique, qui était nécessaire, ce texte est inspiré et de toute beauté

information apportée par Richard Brodesky, membre de l’Eglise unitarienne-universaliste de Tucson (UUCT), Arizona, Etats-Unis, et Régis Pluchet, secrétaire général de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU)


Laurent Trouvé, Richard Brodesky et Régis Pluchet sont membres du groupe « Croissance spirituelle » au sein duquel ces informations ont été données (lien)

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16 août 2010 1 16 /08 /août /2010 17:53

kamel meziti portraitL’esprit de Ramadhan, par Kamel MEZITI*

*docteur en Histoire (Paris-Sorbonne), directeur du culte musulman de la Marine, membre du Groupe de recherche islamo-chrétien (ICP. Paris), membre de la Conférence mondiale des religions pour la paix.

texte envoyé par l'auteur au réseau de la Correspondance unitarienne le 16 août 2010


[...] le Ramadhan, quatrième pilier de l’islam, incarne avant tout, pour les musulmans, un effort spirituel sur soi-même et  ne peut être réduit à une simple pratique superficielle du jeûne. Invité récemment à m’exprimer à ce sujet sur les ondes d’une radio chrétienne, j’expliquais que le jeûne ou siyam  est  intrinsèquement une démarche intérieure ; il  ne se manifeste pas par une action extérieure, à l’instar des mouvements de la prière ou des actes rituels du pèlerinage par exemple. Cet acte qui implique le for intérieur et  incite à l’humilité et à la sincérité appartient non pas au jeûneur mais à Dieu Lui-même  selon une célèbre formule prophétique :  «Toute bonne œuvre est une expiation. Le jeûne m'appartient et c'est Moi (Dieu)  qui le récompense ».
 

 

Cette pratique ancestrale du jeûne est intégrée dans le dogme même de l’islam, et dès la seconde  année de l’Hégire devient une prescription coranique pour la jeune communauté des croyants : « O vous  qui croyez ! Le jeûne vous a été prescrit comme il l’a été à ceux qui vous ont précédé. Ainsi atteindrez-vous la piété » (S.2, V. 183).


A cet égard, l’islam ne vient pas innover et s’inscrit pleinement dans les objectifs du jeûne établi dans les autres communautés, notamment israélite et chrétienne. Comment en serait-il d’ailleurs autrement dans la mesure où le Coran est considéré par ses adeptes comme « le dernier Testament » et que l’islam n’est que le parachèvement des messages antérieurs, révélé à l’Humanité par le sceau de la Prophétie au 7ème siècle de l’ère chrétienne ?


La pratique du jeûne rituel fait partie en quelque sorte de ce patrimoine universel dans le sillon de  la tradition abrahamique. C’est ainsi que, dans l’Ancien testament, Daniel demande à Dieu d'épargner la sentence pour Jérusalem qui a péché « avec jeûne, sac et cendre » (Dn, 9, 3). Moïse jeûne quarante jours et quarante nuits pour supplier Dieu d'épargner son peuple qui s'est perverti avec le veau d'or (Dt, 9). Quant à Jésus, « il fut emmené au désert par l'Esprit, pour être tenté par le diable. Il jeûna durant quarante jours et quarante nuits, après quoi il eut faim » (Matt. 4 : 2).


Le jeûne, on le voit donc, ne constitue pas une spécificité de l’islam même si ce dernier lui a accordé une base doctrinale forte. La Vierge Marie (Esseyida Meryem), qui occupe une place prépondérante dans l’islam, est mentionnée dans le Coran dans la sourate éponyme au sujet de  la nativité de Jésus : « Lorsque tu verras (O Marie !)  quelque  mortel, dis : "J'ai voué un jeûne (de la parole) au Miséricordieux ; je ne parlerai à personne aujourd'hui" »  (S.19, V.26). Il n’est donc pas étonnant que, autant d’un point de vue théologique qu’historique, le concept de « jeûne » trouve toute sa place dans le lexique et la syntaxe coraniques.


Ramadhan, neuvième mois lunaire du calendrier islamique, devenu par extrapolation synonyme de jeûne par excellence, constitue un ressourcement inépuisable. Témoin de la première révélation du Coran pendant la Nuit du destin (Laylatoul Qadr), il représente aussi un moment très fort de la dévotion musulmane, notamment après la prière de la nuit qui se prolonge précisément avec la lecture du texte sacré, lu intégralement à l’issue du mois sacré à la mosquée avec la communauté des croyants.


L’une des finalités du  jeûne consiste à prémunir le croyant du péché : il permet de réprimer la convoitise de la chair, que ce soit d'ordre sexuel, gastronomique ou autre. Ainsi l’ensemble du corps est convié au jeûne et chaque organe a une abstinence qui le caractérise : la langue, les yeux, les oreilles ...

 
Le siyam est donc un des instruments de la foi puisqu’il permet au croyant de s’élever spirituellement, en se détachant de ses passions pour mieux se réorienter vers le Créateur. Lesquelles passions sont assimilées au Veau d’Or ou autres idoles, constituant ainsi un obstacle au salut de l’homme. Le Coran est explicite en la matière : « As-tu vu celui qui a pris ses passions pour divinité ? » (S. 25 V. 43).

                                              
Jeûner implique donc le contrôle  des pulsions négatives, l’encadrement de l’ego pour l’inviter à renouer avec le Très-Haut et ainsi atteindre cette quiétude intérieure qui trouve sa consécration à travers l’invocation divine ou dhikr, conformément à l’invitation coranique : " N'est ce pas avec le souvenir de Dieu que les cœurs s'apaisent " (S. 13 V. 28).  On l’aura compris l’observance des conditions extérieures du jeûne, bien que nécessaire, est loin d’être suffisante pour en faire un acte ayant une véritable portée spirituelle.

 
Jeûner, c'est donc jeûner non pas avec son estomac seulement, mais avec tout son corps, et surtout son cœur. De nombreuses références de la Sunna viennent confirmer cette vérité, inhérente à la sagesse divine.


« Le jeûne est un bouclier. Lorsque l’un de vous jeûne, qu’il ne prononce pas de paroles obscènes et qu’il ne se mette pas en colère. Si quelqu’un l’insulte ou l’agresse, qu’il dise : « Je jeûne » deux fois. » (hadith consensuel narré par Abû Hurayrah).
 « Celui qui n’abandonne pas le mensonge et les mauvaises actions, alors Dieu n’a pas besoin qu’il abandonne sa nourriture ni sa boisson. » (rapporté par Al-Bukhârî).
Un autre propos du Prophète  « Combien de jeûneurs ne récoltent de leur jeûne que la faim et la soif ! » (rapporté par Al-Bayhaqî).
On attribue, aussi, à `Umar Ibn Al-Khattâb, deuxième khalife de l’islam la formule suivante : « Le jeûne ne consiste pas à se priver de boisson et de nourriture uniquement, mais il   consiste également à s’abstenir du mensonge, de la fausseté et des paroles futiles. »
Ainsi les Compagnons et les Ancêtres pieux (Assalafou assalih) oeuvraient à travers la pratique rituelle du jeûne à purifier leurs âmes et leurs sens de tout péché et de toute transgression.


S’élever vers Dieu et gagner en humanité ...


C’est un mois d’effort pour retrouver le sens de l’effort. Véritable acte d’adoration et de méditation pieuse le siyam appelle au respect de quelques règles : soustraire son regard de tout ce qui est blâmable et réprouvé, retenir sa langue du bavardage, du mensonge, des insultes ; ne pas tendre ses oreilles pour écouter ce qui est réprouvé car ce qu’il est interdit de dire, il est aussi interdit de l’écouter ; préserver tous les autres organes de tout péché, et ne manger que des aliments licites ; et enfin se maîtriser lors de la rupture du jeûne le soir venu et manger sans excès en pensant à celui qui n’a pas la chance de boire et manger tout au long de l’année… Louer le Seigneur pour ses bienfaits dont tout le monde ne bénéficie pas.


En outre, ce mois sacré invite le croyant à s’éloigner des aspirations égocentriques (malheureusement caractéristique encore plus criante de notre monde globalisé et individualiste)  et s’accompagne de notions de partage et de générosité. La sunna (la Tradition prophétique) établit ceci :

 

« La meilleure des aumônes est celle faite pendant Ramadhan…Les anges prient durant Ramadhan sur celui qui offre de quoi rompre à un jeûneur en lui procurant une nourriture et une boisson licites, et l’ange Gabriel lui serre la main lors de la Nuit du Destin. On demanda alors au Prophète : « O Envoyé d’Allah ! Qu’en est-il pour celui qui n’a pas de quoi offrir un repas ? »
- Qu’il offre un peu de nourriture.
- Et s’il n’en a pas ?
- Qu’il offre du lait coupé d’eau.
- Et s’il n’a même pas cela ?
- Alors qu’il offre au moins une gorgée d’eau » (hadith Al Bayhaqi)

« Une gorgée d’eau » pour se prémunir contre soi-même,  pour mieux penser à l’autre, qui non loin ou  à l’autre bout du monde « jeûne », contraint et forcé par la Providence ou  l’égoïsme des hommes.
Ramadhan, un  mois de solidarité et de partage, pour Dieu et avec les hommes.

« Le jeûne que je préfère, n'est-ce pas ceci: dénouer les liens provenant de la méchanceté, détacher les courroies du joug, renvoyer libres ceux qui ployaient, bref que vous mettiez en pièces tous les jougs! N'est-ce pas partager ton pain avec l'affamé? Et encore: les pauvres sans abri, tu les hébergeras, si tu vois quelqu'un nu, tu le recouvriras: devant celui qui est ta propre chair, tu ne te déroberas pas » (Esd, 58, 6--7).

Le musulman fait sienne cette formule biblique en parfaite harmonie avec l’esprit de Ramadhan, « … mois de la patience, du don. Mois dont le début est miséricorde, le milieu pardon et la fin affranchissement du feu de l’Enfer » (hadith Al Bayhaqi).

Après tout peut-être s’agit-il ici-bas de s’affranchir de nos passions et de notre indifférence ... Ainsi soit-il, Amine !

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18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 15:46

« Aimer à en perdre la raison » : ma relation avec l’argile, par Richard Brodesky, membre de l’Eglise unitarienne-universaliste de Tucson (Arizona) et membre du Conseil de l’Eglise unitarienne francophone (EUfr), texte paru à la Une du bulletin n° 105 de juillet 2010 de la Correspondance unitarienne.

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Puisque je suis potier, je voudrais que vous passiez la matinée avec moi dans mon atelier. Cet atelier est mon coin spécial et il se trouve dans mon « car-port », un peu comme une garage, faisant corps avec à la maison mais pas entièrement fermée. Grâce aux ouvertures, je peux travailler tout en me sentant proche de la nature. Je ressens le soleil brillant de l’Arizona du sud et j’entends les « ou-ous » des colombes. De temps en temps, j’ai l’occasion de recevoir la visite de « monsieur Du Chat », le chat sauvage entretenu par certains voisins et qui nous aide en mangeant des souris.

Aujourd’hui, c’est lundi et j’aime commencer la semaine en faisant un bol. J’en fais un chaque semaine pour une manifestation qui aura lieu en novembre où tous les potiers de Tucson vendent leur production pour gagner de l’argent et le donner à une fondation qui nourrit les pauvres.

En prenant un morceau irrégulier d’argile, je respire lentement et je dis à l’intérieur de moi-même « Mera antara timira mitao. ». C’est le refrain d’un chant hindi *qui veut dire : « Ote les ténèbres qui couvrent mon cœur. ». Et je respire encore une fois. Je voudrais m’ouvrir à l’argile. J’examine mon état d’âme. Oui, je voudrais faire un bol, mais si le désir devient trop impatient ou si la volonté se fait zèle, n’aurais-je pas alors des difficultés ?

* langue indo-aryenne parlée en Inde du Nord.


J’ensevelis mes doigts dans l’argile, laquelle est molle et un peu fraîche. Je me sens déjà mieux. C’est le début d’une aventure où, l’argile et moi, nous allons devenir une unité en dansant ensemble. Je réfléchis aux éléments que comporte l’argile : il y a bien sûr de la terre et de l’eau, mais il faut considérer qu’au début, ce morceau d’argile a été expulsé des entrailles de la terre par un volcan et il a commencé son existence comme magma. Après avoir refroidi à la surface de la planète, les actions du vent et de l’eau l’ont réduit en poudre. J’entre dans le temple des quatre éléments mystiques : terre, eau, feu, et air.

Je prends mon argile et je la mets sur ma table de travail, puis quelques moments pour rouler et pousser mon argile. L’argile se présente sous forme de plaquettes, et, pour mieux travailler sur la base pivotante, il faut les diriger dans le même sens. En roulant et poussant à la fois, je forme un bloc. Mais au même temps, je fais mon travail spirituel car cette formation me donne un peu de temps pour laisser les affaires, les responsabilités et autres soucis. Je peux moi aussi commencer à me diriger dans un seul sens.

Enfin je suis prêt à mettre mon argile sur la base. J’ai maintenant une espèce de pyramide arrondie mais irrégulière au centre de mon outil. La méditation quotidienne de ce matin ne nous conseillait-elle pas d’orienter notre cœur vers le divin (lien ) ?

Je commence à faire tourner la base. Je mets mes mains autour de l’argile et je commence à l’écouter au travers de mes paumes et surtout avec mes doigts. J’exerce une pression égale mais douce sur l’argile et, pendant que la roue tourne, l’élévation devient beaucoup plus arrondie et lisse. En effet, j’ai maintenant un tout petit cône. Et mon état d’âme a beaucoup changé, me voilà plus au centre et plus reconnaissant du divin partout, dans les cônes des volcans d'où provient mon argile et dans le cône au creux de mes mains que l’argile, la base pivotante et moi même avons créé ensemble.

Je pousse sur l’argile verticalement vers l'axe de la base pivotante et, par ce mouvement, je descends au cœur de mon être. Maintenant, l’argile est plus plate et ressemble à un gâteau. Comme le gâteau qu’on offre aux invités, ce gâteau d’argile s’offre à mon art.


J’emploie les pouces pour ouvrir le cône d’argile. Et ici je commence à faire le fonds de mon bol. En réfléchissant à mon bol, je me rends compte qu’un bol est féminin parce qu’il reçoit de la bonté et il est masculin par ce qu’il nous offre de contenu.

Mais je vais plus profondément dans ma méditation parce que je perds la distinction entre l’argile et moi. Nous sommes maintenant une seule unité enlacée. A vrai dire, chaque fois que je touche à l’argile, ce matériel n’est plus au centre de l'axe de la base et il faut que je corrige ce que je viens de faire à chaque coup. Autrement dit, en vivant, on arrive au centre où on se combine entièrement avec le divin, mais en agissant on perd cet équilibre. La poterie nous révèle comment la rétablir.

Une énergie créatrice réunit l’argile et moi et nous continuons la danse. Comme un couple qui fait un pas de deux dans la danse classique, on est deux êtres mais c’est l’ensemble qui compte parce que cest lui qui procure de la beauté. Cette combinaison forme ensuite les murs d’un cylindre que l’on raffine progressivement.

Maintenant je voudrais vous faire part de quelques réflexions sur ce qu’on vient d’achever ensemble. D’abord, on comprend que l’argile et les êtres humains émettent des charges électriques. Elles sont infimes, je dirais même minuscules, mais elles existent. A cause de ces charges, l’argile peut se défaire complètement si on ne s’approche pas d’elle dans un état d’âme adéquat. Et elle répond à nos mouvements et sentiments comme un partenaire.

Mais la création d’une poterie comprend beaucoup plus. Mes professeurs m’ont conseillé de méditer sur mes oeuvres comme si chaque objet représentait mes pensées et mes sentiments au moment de sa naissance dans une forme définitive. Alors, je me prépare intérieurement avant de travailler et je maintiens cet état en travaillant. Je ne voudrais pas que l’utilisateur mange quoi que ce soit dans un bol qui puisse lui apporter de la colère, de l’impatience, des excès de zèle ou des malheurs.

Je vous propose enfin un modèle du divin comme hologramme*. On ne peut pas diviser un hologramme : si on le coupe, chaque morceau continuera à montrer l’image totale. C’est pareil quand il s’agit de la spiritualité et de la nature. Chaque plante, animal, atome, pensée, sentiment, action, création fait partie du Tout divin, mais il le contient à la fois. Ainsi ai-je découvert qu’en faisant de la poterie, je participai à l’action créatrice du divin, mais il y a aussi une action réciproque par laquelle le divin continue toujours à me modeler de mieux en mieux.


* hologramme : une image obtenue par holographie, c’est-à-dire par une méthode de photographie en relief utilisant les interférences produites par la superposition de deux faisceaux laser, l’un provenant directement de l’appareil producteur, l’autre réfléchi par l’objet à photographier.

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